Qu’est-ce que cette nouvelle catégorie « Ressources du christianisme » dans les « Chroniques de l’antimonde » ?
Comme indiqué dans sa description, cette rubrique reprend le titre de l’ouvrage de François Jullien, Ressources du christianisme. Mais sans y entrer par la foi (Éditions de L’Herne, coll. Cave Canem, 2018, site de l’éditeur), reprise écrite d’une conférence prononcée dans le cadre du Cours méthodologique et populaire de philosophie à la Bibliothèque nationale de France en mars 2016, puis en mai 2016 à l’Université catholique de Lyon et en octobre 2018 au Collège des Bernardins à Paris (une vidéo de la conférence des Bernardins est disponible en ligne ici). Je m’inspire librement de cette démarche en explorant les textes bibliques comme des formes d’expérience plutôt que comme objets de croyance. Évidemment, les réflexions proposées ici n’engagent que moi et pas François Jullien.
Relire François Jullien
Je reproduis ci-après la quatrième de couverture de Ressources du christianisme. Mais sans y entrer par la foi.
L’Europe est en malaise de ne plus savoir que faire, aujourd’hui, du christianisme. Or, si nous évitons la question du christianisme, c’est, je crois, que le clivage entre « celui qui croyait au ciel » et « celui qui n’y croyait pas » n’est plus pertinent. Aussi aborderai-je le christianisme à titre de ressources. Celles-ci sont disponibles, à qui les explore et les exploite. A titre de ressources : l’écart des langues et des Évangiles ouvrant un entre réflexif ; qu’un événement soit possible et qu’il soit la vie même ; qu’il faille désadhérer du vital pour accéder l’originairement vivant ; que Dieu Père dé-coïncide en son Fils pour s’activer en Dieu ; ou qu’il faille se tenir hors du monde pour rencontrer l’Autre…
Ainsi :
Sans y entrer par la foi, on suivra, dans Jean, des filons féconds d’une pensée de l’existence. Pourquoi s’en priver ?
On pourra trouver une recension de l’ouvrage de François Jullien dans l’article d’Alain Douchevsky, « À la résurrection près », Revue de Théologie et de Philosophie 151, 1 (mai 2019), p. 49‑68 (en ligne ici).
Je fais référence à la notion de dé-coïncidence dans mon article sur le film Joueurs (2018) de Marie Monge (lecture en ligne sur ce site) à propos de l’approche de Jacques Henriot sur le jeu. J’utilise aussi cette notion dans une relecture de Bataille appliquée à la critique des sciences de gestion, avec la notion de « jeu avec le je » (lecture en ligne sur ce site).
Cette rubrique
Cette rubrique proposera donc des lectures de textes bibliques, « sans y entrer par la foi », non dans une perspective d’apologétique, mais comme une exploration de formes symboliques, anthropologiques et existentielles que le christianisme a introduite dans nos formes d’expérience. On y trouvera des commentaires de passages évangéliques ou des lectures anthropologiques de figures chrétiennes, qui gravitent autour de notions telles que la résurrection, la grâce, le pardon, la chair, le relèvement, l’appel, la séparation, le désir, le lien ou la déliaison. Le christianisme y sera abordé, non comme un réservoir dogmatique, mais comme un gisement de formes symboliques.
Cette démarche rejoint aussi par certains côtés la tentative de mobilisation des récits bibliques comme ressources de pensée pour le présent telle qu’elle est mobilisée dans les ouvrages d’Alexei Grinbaum, mais en s’inscrivant ici dans une exploration des formes symboliques de l’expérience plutôt que dans une réflexion sur les technosciences comme il l’a fait pour son travail sur Les robots et le mal (Desclée de Brouwer, 2019).
En résumé, cette catégorie explorera les formes chrétiennes de l’expérience.
Un exemple
Ainsi, dans l’article « Les liens de la mort : Déliez-le », construit à partir de l’épisode de Lazare, je ne commente pas simplement l’épisode de Lazare, je le déplace vers une lecture du couple comme troisième entité. Le passage de l’évangile de Jean devient alors une scène où ce n’est pas seulement un individu qui meurt et ressuscite, mais un lien. D’où le sous-titre : « Lecture transposée de Jean 11, 1-45, où “Lazare” est entendu comme figure du couple lui-même »
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