Je suis actuaire et chercheur. Après une grande école, un doctorat en économie et une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sciences de gestion, mes travaux ont porté sur la modélisation mathématique des risques extrêmes et de l’irrégularité dans les phénomènes aléatoires. Je pourrais faire mienne l’épigraphe d’André Gide dans ses Morceaux choisis : « les extrêmes me touchent » (Bulletin des Amis d’André Gide XXIII, 106, Avril 1995, p. 270), dans la mesure où, dans tous mes travaux de modélisation des risques, les extrêmes m’ont « touché » et m’ont guidé dans le choix des modèles. Cet attrait a été à l’origine de mon intérêt pour la géométrie fractale de Mandelbrot.
Mon carnet de recherche sur la plateforme OpenEdition Hypothèses, intitulé EpistemoFinance, présente mes travaux scientifiques et des réflexions actuelles sur ces thèmes.
Hasard sauvage et marges
Dans cette géométrie, les « queues de distribution » (les marges, les extrêmes) sont essentielles car elles contiennent une information importante pour la compréhension du phénomène dans sa globalité. L’illustration ci-dessus représente une fractale particulière, l’ensemble de Mandelbrot. Chaque partie est comme le tout, et l’irrégularité est présente à toutes les échelles. La cosmologie de Mandelbrot est tissée par ce qu’il appelle le hasard sauvage, un hasard créateur d’une irrégularité extrême.
À partir de ces travaux scientifiques, j’ai étendu ma réflexion à la philosophie des modèles de risque et la gestion des risques par les normes de prudence ou de précaution. Puis je me suis intéressé aux désordres introduits par les utopies dans les dispositifs normatifs. Je pense que l’étude des marges nous apprend quelque chose sur ce qu’il a entre les marges, au centre. D’où mon intérêt pour la notion d’antimonde.
Au fil du temps, il m’a semblé important de ne pas seulement travailler de façon scientifique, mais d’aller aussi vers des formes d’écritures autres, plus littéraires, proposer des textes non académiquement savants, des formes d’expression qui pourraient aider à comprendre autrement les choses, chercher à introduire une dimension littéraire créative dans mes réflexions, aller vers un public plus large, aussi. Je ressentais aussi le besoin d’une écriture plus libre par rapport aux contraintes académiques de l’exercice universitaire, dans lequel je me sentais parfois à l’étroit. Je pense que la question dite esthétique n’est pas qu’esthétique, il s’agit de montrer autrement autre chose.
Ego-histoire
J’ai tenté une ego-histoire des chroniques de l’antimonde, une mise en récit de mon déplacement personnel de la recherche vers la littérature : LIRE L’EGO-HISTOIRE.