L’antimonde et la finance

L’exemple de la gestion normée

Pour illustrer la pertinence de la notion d’antimonde pour des questions économiques, je choisis l’exemple de la gestion des portefeuilles à partir d’un cas que j’ai publié dans la revue Diogène, « Désirs humains et désir des machines : l’exemple de la gestion d’actifs » (lecture en ligne). Dans cet article, je me suis posé la question du désir des gérants de portefeuille à l’époque de l’IA et des algorithmes, en remarquant que les algorithmes restaient souvent confinés dans le script d’un modèle mathématique particulier, appelé Capital Asset Pricing Model ou CAPM. Le CAPM définissait à la fois une norme de gestion et un « monde » en soi pour penser la gestion. Un monde qui produisait son antimonde.

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Le script

Précisons. Après une période classique dans les années 1930, les manières normatives de bien gérer des portefeuilles d’actifs ont été réélaborées entre 1952 et 1964, entre l’article sur la diversification de Markowitz et celui sur le CAPM de Sharpe. Ces nouvelles manières de gérer des portefeuilles n’ont pas été immédiatement acceptées et ont suscité de nombreuses controverses. Mais elles ont agi comme un « script » pour façonner des formes de vie professionnelles dans le milieu de la gestion des portefeuilles et dans la recherche universitaire relative à ce thème.

Le monde

Le script du CAPM auquel il a été ajouté celui de l’hypothèse de l’efficacité informationnelle d’un marché se sont transformés en normes de gestion et de recherche scientifique dans le paradigme de la finance néoclassique. Le fait que ce script ait été écrit il y a maintenant plus de deux siècles explique peut-être à la fois la difficulté pour la profession de gestionnaire de s’affranchir de la mise aux normes par les moyennes (benchmarks), et la résistance des professionnels à ces normes qu’ils perçoivent comme de moins en moins pertinentes.

L’antimonde

On pourrait comprendre la croissance des gestions « autres » (je traduis l’anglais alternative asset management) comme des contre-cultures par rapport au monde de la théorie des moyennes (benchmarks) et de la théorie des erreurs (volatilité). En utilisant la notion d’antimonde et en paraphrasant Roger Brunet (l’antimonde était « à la fois comme le négatif du monde et comme son double indispensable »), on pourrait avancer que le monde de la gestion normée appelle un antimonde de la gestion sans normes comme son double indispensable.

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