De quoi la forêt est-elle la métaphore ?

« De quoi la forêt est-elle la métaphore ? » est la question qui était posée à l’occasion d’un colloque qui eût lieu les 16 et 17 janvier 2023 à l’Université de Franche-Comté.

La forêt comme un itinéraire personnel

Une première question peut être celle de se demander quels sont nos itinéraires forestiers personnels tels que nous les vivons dans les imaginaires littéraires. Par exemple, dans La Forêt qui n’en finit pas (1949) de Jean-Louis Foncine (« Les chroniques du pays perdu », volume 3), la forêt est pour les adolescents, ici une équipe de filles membres des Guides de France dans le dans le cadre du roman scout [1], le cadre d’épreuves qui les conduiront vers la maturité ou vers un nouveau savoir. Dans la littérature médiévale, la forêt ouvre vers un Autre Monde, comme dans la légende arthurienne de Chrétien de Troyes, « Yvain le Chevalier au lion ». Tandis que dans les contes, la forêt est plutôt un paysage symbolique, le lieu de tous les dangers, l’endroit où l’on peut rencontrer l’Ogre, comme dans Le petit Poucet, Le chat botté, Hansel et Gretel ou le loup comme Le petit chaperon rouge.

La forêt comme une pluralité de mondes possibles

Une deuxième question est celle de la pluralité des mondes possibles. La forêt est aussi le lieu où tout est possible comme dans les romans courtois et les épopées de la Renaissance. Dans ces romans, les héros quittent la cour, un lieu symbolique où tout est réglé, rationnel et prévisible. Ils s’aventurent dans un espace tissé d’incertitude radicale, où l’on peut se perdre pour se retrouver ensuite. La forêt est un monde régi par le hasard sauvage. Le hasard sauvage fait émerger des possibles radicalement étrangers. Dans la forêt, Roland découvre les amours d’Angélique et de Medor et devient fou. Dans la forêt, Mandricardo rencontre par hasard Doralice en route vers son futur mari et en tombe amoureux. Dans la forêt, Rosalinde découvre par hasard que Orlando, qu’elle aime, a fait le même choix qu’elle, quitter la cour. Elle se déguise en homme pour aller à sa rencontre. Dans ces mondes possibles, les genres, les repères, peuvent s’inverser (une femme se déguise en homme, on découvre des choses imprévues etc.). La théorie des mondes possibles peut constituer une expérience de pensée.

La forêt comme lieu de ressourcement par la nature

Une troisième question est celle de notre rapport à la nature ou éthique environnementale. Dans le roman de science-fiction Le nom du monde est forêt (1972) d’Ursula Le Guin, on assiste à l’exploitation systématique par les terriens d’une planète forestière, Athshe, l’asservissement du peuple autochtone et une déforestation massive, thème que l’on retrouvera dans le film de James Cameron, Avatar (2009), puisque Pandora est une planète sur laquelle les habitants vivent dans la forêt. La grande référence est évidemment le récit Walden ou la Vie dans les bois (1854) de Henry David Thoreau, qui a pour objet de montrer comment, au contact de la nature, l’individu peut se renouveler et se métamorphoser, et prendre conscience de la nécessité de caler son action et son éthique sur le rythme des éléments naturels, ce qui sera le point de départ de la tradition transcendantaliste américaine.


[1] Sur les romans scouts, on pourra voit l’article de Laurent Déom, « Le roman scout dans les années trente et le chronotope du « grand jeu » », Strenæ [En ligne], 6 | 2013.

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