La rencontre amoureuse sur Internet. A la poursuite des ombres

La rencontre amoureuse a été profondément transformée par la technologie des réseaux et l’apparition des sites de rencontre et des plateformes conversationnelles sur le Web. La technologie a massifié les possibilités de rencontre avec le nombre de partenaires potentiels. Dans Pourquoi l’amour fait mal, la sociologue Eva Illouz souligne une caractéristique importante de cette transformation : « le sentiment irrésistible de singularité absolue qui était jadis la condition du sentiment amoureux a changé, laissant l’individu noyé dans la masse des partenaires potentiels et interchangeables » (Pourquoi l’amour fait mal, p. 362). Sur un site de rencontre ou de discussion en ligne, le sentiment amoureux pourrait ainsi se diluer ou se perdre dans une « avalanche du nombre » pour reprendre l’expression d’Ian Hacking.

Le monde à l’envers

La technologie a aussi eu un autre effet, moins apparent mais tout aussi réel, celui de transformer l’imagination amoureuse. Avec la rencontre en ligne, on a assisté à un remplacement de l’impression globale produite par l’immédiateté dans une rencontre physique, par une approche purement mentale et écrite. Là où, par exemple, dans un film comme Une rencontre (2014) de Lisa Azuelos, la rencontre due au hasard entre Pierre (François Cluzet) et Elsa (Sophie Marceau) à la foire du livre de Rennes où ils se sont rendus chacun pour des raisons différentes (lui est avocat pénaliste et plaide un procès à Rennes, elle est écrivain et vient présenter son dernier livre) est immédiate au moment où ils se baissent en même temps pour ramasser une cigarette tombée au sol (une très belle scène dans laquelle la caméra fait saisir en peu d’images l’aspect global de la rencontre), la rencontre qui s’opère sur une plateforme conversationnelle en ligne s’appuie sur des ensembles d’attributs psychologiques, sociaux ou sexuels exprimant des « intérêts » ou des « préférences ».

À la différence de la surprise épistémique de la rencontre physique, la rencontre en ligne relève d’une démarche rationnelle que l’on peut décomposer en deux temps. Dans un premier temps, par rapport à ses préférences dont on suppose qu’elles sont déterminées, fixes ou connues de soi, on choisit un « profil » que l’on contacte. Puis, dans un deuxième temps, s’engage une correspondance avec ce profil. À l’opposé du film Une rencontre, dans le film Vous avez un message (1998) de Nora Ephron, Joe Fox (Tom Hanks) et Kathleen Kelly (Meg Ryan) se sont découverts sur une plateforme conversationnelle et engagent une correspondance intime sans s’être jamais vus dans la vie. Ils ne communiquent que par écrit. Et Kathleen refuse même, tout au moins au début de leur correspondance, de rencontrer Joe « en vrai. »

Quand l’imagination amoureuse dans la rencontre classique se fonde sur une impression globale surgie au moment de la première rencontre (la surprise épistémique), l’imagination amoureuse développée par la technologie des rencontres en ligne inverse le processus. Dans la rencontre en ligne, l’imagination ne repose pas sur l’expérience passée d’une rencontre qui a physiquement existé mais sur l’expérience à venir d’une rencontre qui n’a pas encore eu lieu et qui se cherche à partir d’informations purement écrites, éventuellement complétées par des photographies ou des vidéos. L’imagination traditionnelle s’alimentait sur un passé connu tandis que l’imagination produite par la rencontre en ligne est nourrie par un futur inconnu. L’imagination amoureuse traditionnelle est rétrospective, tandis que l’imagination amoureuse en ligne est prospective. Alors que dans la rencontre « en vrai », l’attirance précède la connaissance (mais on peut ensuite être déçu), dans la rencontre en ligne, la connaissance précède l’attirance (qui pourra ne pas avoir lieu). C’est le monde à l’envers !

Le moi comme pur esprit

Dans son Essai sur l’entendement humain (1689), le philosophe anglais John Locke (1632-1707) imagine qu’on peut parvenir à connaître l’autre en accédant à ses contenus mentaux exprimés par des mots. Cette démarche est très exactement celle implicitement suivie et validée dans les mécanismes de rencontre en ligne. On retrouve aussi, mis en œuvre par une technologie contemporaine, le dualisme cartésien entre l’esprit et le corps, selon lequel le siège de l’identité est l’esprit.

Suivant cette idée, la suppression de l’enveloppe physique du corps permet d’accéder au « vrai » moi de la personne car on n’est pas troublé par le brouillage matériel dû au corps physique. Le « moi » d’un site de rencontre en ligne ou d’une plateforme conversationnelle est en quelque sorte un pur esprit. C’est un « moi » désincarné. Du point de vue de la connaissance de l’autre, un « moi » désincarné serait ainsi plus « vrai » que le « moi » social dans la vie de tous les jours. Le « moi » social se présente à l’autre à travers une épaisseur corporelle mais on pourrait presque dire, suivant la ligne de pensée des rencontres en ligne, un moi plombé par la vie sociale. L’absence de corps physique protègerait ainsi des illusions et des méprises de la vie sociale et, de ce point de vue, la rencontre en ligne faciliterait la « vraie » rencontre avec l’autre. La rencontre en ligne serait ainsi plus « authentique » car elle s’abstrairait des images ou illusions sociales, par exemple des situations professionnelles, et franchirait les frontières des milieux sociaux. Les plateformes conversationnelles en ligne seraient finalement des places idéales où s’effectuerait un brassage social réel.

Pourtant, pourrait-on objecter, la rencontre en ligne ne fait-elle pas que réactualiser les anciennes correspondances en aveugle, une sorte de correspondance 2.0 ? En réalité, si les dangers sont bien les mêmes, avec les rencontres en ligne ils sont amplifiés par la technologie. Les dangers proviennent de la déconnexion entre corps et esprit, l’absence du corps physique pouvant entraîner un phénomène d’emballement mental ou émotionnel, voire la création d’une relation imaginée ou rêvée par les mots. Dans les correspondances amoureuses classiques, une illustration de ce phénomène d’emballement est donnée par la célèbre correspondance entre Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak qui dura huit ans de 1922 à 1930, ou celle moins connue d’Ilo de Franceschi à Madeleine Allain (Écrivez-moi, Madeleine, L’aube, 2005). Ce phénomène d’un emballement imaginaire est démesurément amplifié dans les échanges en ligne. Dans les deux cas, tout se passe comme si l’écrit faisait écran et, dans le cas des échanges en ligne, l’écran physique devient un écran mental, créant une forme d’opacité.

La fin brutale de la relation entre Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak quand ils se rencontrent enfin « en vrai » à Paris est un exemple canonique de la fin de ces relations purement épistolaires qui débouchent sur une déception forte. Un phénomène douloureux qui est la conséquence de ce que l’on pourrait qualifier d’« l’illusion épistolaire ». Les promesses de l’apparente connaissance sans corps ne sont pas tenues. L’attirance n’est pas au rendez-vous. Précisément, l’échec de la rencontre physique entre Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak anticipe les innombrables déceptions des premiers rendez-vous (le premier verre) issus de rencontres en ligne. Utilisons les ressources de la langue française : les verres de contacts sont à la fois le premier verre que l’on prend pour un premier contact mais aussi la lentille qui permet de mieux voir l’autre. De ce point de vue, cette lentille ouvre les yeux à la suite des correspondances amoureuses en aveugle et on « voit » l’autre. Et cela ne fonctionne pas toujours.

Ce qui est étrange est que, dans le cas de « recherche de l’amour » en ligne, on aurait pu imaginer que la connaissance par les mots assure la certitude recherchée dans la relation en épuisant les informations nécessaires à la connaissance de l’autre. Or il n’en est rien. Quelque chose résiste à la réduction de l’incertitude par les mots ou les images. Il existerait comme une incertitude épistémique radicale, liée à la présence du corps, que les mots ne peuvent réduire.

L’incertitude épistémique

Ce phénomène a été décrit par Eva Illouz avec deux exemples qui racontent le premier rendez-vous d’une femme avec un homme rencontré en ligne.

Dans le premier exemple (Les sentiments du capitalisme, p. 175), Michele est une femme qui travaille dans une grande entreprise :

  • Michele : Nous avons correspondu longtemps pendant un moment, puis nous avons décidé de nous rencontrer. Je suis allé dans un café, nous nous sommes serré la main et j’ai su aussitôt que ça ne marcherait pas.
  • Intervieweuse : Vous l’avez su immédiatement ?
  • Michele : Oui, immédiatement.
  • Intervieweuse : Comment l’avez-vous su immédiatement ?
  • Michele : À cause de sa façon de me serrer la main. Il y avait quelque chose de tellement mou dans sa poignée de main, quelque chose qui ne m’a vraiment pas plu.

Dans le second exemple (Pourquoi l’amour fait mal, p. 359-360), Stéphanie est une étudiante de 26 ans :

  • Stéphanie : Je l’ai rencontré vraiment très vite après un échange très intense de mails et un appel téléphonique qui fut l’occasion pour moi d’apprécier sa voix. Nous nous sommes rencontrés dans un café, près de la mer, le cadre était parfait, et même si je m’étais préparée à le trouver physiquement moins charmant que sur ses photos, parce que c’est toujours ainsi que les choses se passent, en vérité je l’ai trouvé aussi beau que sur ses photos. Cela débuta donc très bien, mais c’est si étrange : au cours de la soirée, qui dura deux heures et demie, je sentis que je n’accrochais pas. Il n’y avait réellement rien de différent entre celui que j’avais devant moi et le garçon que j’avais rencontré sur le site : il paraissait avoir le même sens de l’humour, il avait les mêmes références, il était intelligent, beau garçon, mais je n’accrochais pas.
  • Intervieweuse : Pouvez-vous dire pourquoi ?
  • Stéphanie : Eh bien, je déteste dire ceci mais… peut-être était-il trop doux ? Il y avait quelque chose dans sa douceur qui était trop doux (rires), comme s’il avait été un peu trop empressé de plaire, ou peut-être… je ne sais pas. J’aime la douceur, mais il faut qu’elle soit mélangée avec un peu de rudesse. Autrement, il manque quelque chose de masculin – vous comprenez ce que je veux dire ?

Ces deux exemples font apparaître quelque chose de très important, qui met en évidence le problème central posé par la recherche de la réduction de l’incertitude au moyen d’échanges écrits ou vocaux, et de photos : l’attirance due à la recherche de la masculinité (de la féminité) chez une femme (chez un homme) n’est pas accessible par les échanges écrits ou les photos. Même si tout semble correspondre dans la liste des conditions (critères et attributs) qui sont supposées permettre à la rencontre de bien aboutir, les deux femmes expliquent qu’elles n’ont pas « accroché » car leur interlocuteur manquait ce qui pour elles représentait la « masculinité. »

Les critères de masculinité ou de féminité sont évidemment variables et dépendent vraisemblablement de chaque personne selon des contextes culturels ou familiaux différents. Mais le point déterminant ici est la constatation que les échanges écrits et les photos ne peuvent pas atteindre ces critères. Pourquoi ? Parce que les critères de masculinité et de féminité (« il / elle est mon genre ») ne peuvent être saisis que visuellement de manière immédiate par les corps eux-mêmes. On peut cependant éliminer visuellement certains types d’hommes ou de femmes par les photographies après un premier échange écrit, images qui stoppent alors la phase écrite de la préparation, avec l’argument curieux de « vous n’êtes pas mon genre d’homme / de femme » (il aurait dans ce cas été plus rapide de vérifier ce « genre » tout de suite sans perdre du temps dans des échanges écrits). Dans Une rencontre, c’est au moment précis où ils se baissent ensemble à la foire de Rennes que s’opère l’alchimie entre Pierre et Elsa. Il est absolument impossible à une correspondance dite « amoureuse » (des échanges écrits par messagerie) même complétée par des photos, de parvenir à saisir ce que seuls les corps en présence disent sans parole. Dans cette scène d’Une rencontre, justement, Pierre et Elsa ne se disent rien. Mais leurs corps se sont parlé « directement. » Dans Vous avez un message, Finalement, si Joe et Kathleen vont vivre ensemble, c’est parce que, au début, ils se sont tout de suite plu (sans savoir qu’il s’agissait d’eux par le quiproquo dont je parlais plus haut).

L’acte de perception serait-il impossible à décomposer en éléments partiels comme le font les critères atomisants dans la rencontre en ligne ? La théorie de la forme (Gestalt) introduite par le philosophe autrichien Christian von Ehrenfels (1859-1932) en 1890 permet d’interpréter ce qui se joue dans la rencontre physique et que ne peut résoudre la rencontre en ligne. Selon cette théorie, dans l’acte de perception, nous ne faisons pas que juxtaposer une foule de détails, mais nous percevons des formes (Gestalt) globales. Lorsqu’on se rappelle une mélodie, on se souvient d’une structure globale de musique et non d’une suite successive de notes prises isolément. La mélodie est davantage que la somme des notes. Selon la théorie de la forme, le tout est supérieur à la somme des parties et ne peut être appréhendé par cette somme de parties. Une illustration presque parfaite de cette théorie est donnée par la réplique que Frank (Gary Cooper) fait à Ariane (Audrey Hepburn) dans le film Ariane (1957) de Billy Wilder : Ariane dit à Frank qu’elle est trop maigre, qu’elle a le cou trop long et de trop grandes oreilles, ce à quoi il répond « c’est possible mais ça forme un tout qui me plaît. »

Appliquons cette théorie au problème posé par la rencontre en ligne. Selon la théorie de la forme, et en fonction de ses propres critères culturels, on ne peut identifier la masculinité et la féminité qui vont plaire que globalement, dans le jeu des gestes et attitudes corporelles, quand on voit réellement la personne. Cela peut être un mouvement de main, une inclination de la tête, un regard, qui agissent dans un sens ou dans l’autre, etc. Soit Pierre et Elsa quand ils se baissent, en sachant qui ils sont, soit Joe et Kathleen quand ils se voient, en ne sachant pas qui ils sont. Ce type de perception globale est totalement inaccessible à un savoir qui repose sur l’addition ou la juxtaposition d’éléments partiels de la personnalité, atomisés dans la fabrication des « profils » et dans des interminables correspondances amoureuses qui s’épuisent en conjectures sur l’autre pour tenter d’y voir plus clair : va-t-il nous plaire ou non ? Marina Tsvetaieva était séduite par Boris Pasternak… jusqu’à ce qu’elle le voie ! La masculinité (la féminité) excède la somme des caractéristiques masculines (féminines) des « profils » des sites de rencontre en ligne. Pour le dire autrement, la masculinité et la féminité « sont identifiés visuellement et ne peuvent être traités par des mots » (Les sentiments du capitalisme, traduction modifiée, p. 360). Ceci explique pourquoi, suivant la déception de Marina Tsvetaieva devant Boris Pasternak, Michele et Stéphanie sont à leur tour déçues par leur rencontre « en vrai. » La réduction de l’incertitude au moyen des écrits, ou même des photos, du site de rencontre, n’aboutit pas. Il reste une incertitude épistémique intrinsèque qui ne se résout qu’au moment de la « vraie » rencontre, comme justement dans Une rencontre : Pierre et Elsa ne sont pas déçus.

On peut synthétiser les réflexions précédentes par une réponse littéraire en lisant dans cette perspective le roman Paradis conjugal (2008) d’Alice Ferney. Ce roman, qui décrit un enfer conjugal, se termine par un chapitre sur le corps intitulé « Le corps aime » (chapitre 45). Dans ce très beau chapitre, Alice Ferney nous amène à considérer que « précédant la conscience, le corps avance en tête et sait mieux que nous » (p. 343). Elle précise que « notre corps veut avant nous (…) devance ce que notre cœur réclamera à la vie. Et c’est ainsi depuis la naissance. (…) Le corps découvre en premier (…). On croit penser, on néglige l’intelligence de la chair. » Notre idée ici est de considérer que c’est parce que nous oublions l’intelligence de la chair que nous devenons, selon Eva Illouz, des « imbéciles hyperrationnels » (Les sentiments du capitalisme, p. 201).

Dans Entretiens nocturnes sur la théorie des jeux, la poésie et le nihilisme chrétien (1997), le philosophe Bertrand Saint-Sernin rappelle que la démarche de la rencontre, avec son incertitude inhérente à l’énigme qu’est l’autre, nécessite du courage selon la définition que Socrate donne du courage : descendre dans le puits dans savoir d’avance comment en sortir. Saint-Sernin voit dans cette formulation l’expression par essence de l’action humaine : une randonnée conduite par un individu à ses risques et périls. L’action est ce qui répond (et la seule réponse) à l’indécidable. Tandis que la démarche de la rencontre en ligne tend au contraire à vouloir réduire cette incertitude en augmentant la quantité d’information relative à l’autre (les critères des « profils » et les correspondances écrites). Cette tentative est extrêmement coûteuse en temps car l’augmentation des informations recherchées croît démesurément à mesure qu’on cherche à cerner l’indécidable. Face à l’incertitude, il est possible qu’on ne puisse pas savoir ce que l’on préfère avant de l’avoir choisi. Le cadre structurant des préférences prédéterminées de la théorie du choix rationnel ne s’applique pas face à l’incertitude. Il faut se jeter à l’eau, et cette démarche ne peut être remplacée par les échanges écrits, qui constituent une forme d’« l’illusion épistolaire » dans la résolution du problème de l’incertitude de l’adéquation.

Le monde des ombres

Dans le cas des rencontres en ligne à objectif « amoureux », les difficultés proviennent donc de l’impossibilité pour les mots de réduire l’incertitude épistémique radicale sur les critères de masculinité et de féminité. On pourrait d’ailleurs tout aussi bien étendre cette difficulté aux rencontres en ligne à objectif « érotique » ou « sexuel ». Dans ces cas, la question de l’attirance est juste exacerbée en capacité d’attirance sexuelle ou érotique. Les mêmes phénomènes de déception peuvent advenir à la suite du passage de la rencontre en ligne à la rencontre « en vrai », pour les mêmes raisons, il n’est pas dans le pouvoir des mots ou des images de résoudre l’incertitude épistémique sur l’accord des corps. L’éros ne résout pas en logos.

Devant les déconvenues ou les découragements qui apparaissent dans la répétition des déceptions en ligne, la question peut alors se poser de savoir avec « qui » on est en train d’engager ou d’entretenir une « conversation » en ligne. Dans la plupart des cas, sinon tous, on écrit à des profils sans savoir quelle est la personne qui se trouve derrière ce profil et dont on ne perçoit que l’ombre qu’elle veut bien projeter, sans savoir si on aurait même porté un regard sur celui ou celle à qui on écrit, sans savoir en fait si l’on aurait eu envie de lui parler, s’il vous plairait. Loin d’être son identité profonde selon l’idée cartésienne, le moi désincarné d’un profil en ligne représente comme l’ombre projetée de la personne. Le monde à l’envers dont nous parlions au début est en quelque sorte le monde des ombres. Sur un site de rencontre ou une plateforme conversationnelle en ligne, à l’instar du titre du roman pour la jeunesse de Georges Bayard Michel poursuit des ombres (1961), la quête de l’autre conduit bien souvent à courir après une ombre. L’envers de la personne.

Et dans bien des cas, l’ombre s’évapore. On observe en effet un autre phénomène très documenté dans la sociologie des réseaux sociaux, le fait que, étant sans corps, désincarnées, les ombres disparaissent tout à coup, le profil avec lequel on conversait devenant fantomatique. C’est le phénomène appelé en langue anglaise le « ghosting », que nous traduisons ici en français par « fantôme » du profil.

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