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La notion d’antimonde fait l’objet d’un appel à contributions pour un numéro de la revue Diogène (décembre 2026).

La notion d’antimonde

La notion d’antimonde a été proposée dans les années 1980 par le géographe Roger Brunet qui la définissait ainsi dans Les mots de la géographie : dictionnaire critique : « Antimonde » désigne géographiquement une partie du monde qui se présente « à la fois comme le négatif du monde et comme son double indispensable ». J’explique dans « à propos » et dans « ego-histoire des chroniques de l’antimonde » pourquoi cette notion m’a intéressé.

Dans ce site, l’antimonde est aussi abordé comme un opérateur de déplacement du regard, permettant d’interroger les normes, les cadres et l’envers du monde social.

Pour une formulation complète et actualisée de la problématique, voir l’article publié dans la rubrique « Recherche » [lien], qui sert d’appel à contributions pour le numéro « Antimonde(s) » de la revue Diogène (2026).

Ce site est accompagné par :

  • une newsletter sur LinkedIn intitulée Nouvelles de l’antimonde qui propose de courts essais sur la notion d’antimonde.
  • un compte Instagram (@antimonde_foret) qui se présente comme un ensemble d’aperçus suggestifs de l’antimonde, par « touches ».

L’antimonde est le volet 2.3 de l’axe 2 du programme de recherche CHRONOS.

Penser en-dehors des normes et des cadres

L’antimonde peut se comprendre comme l’envers de la norme. Pour poursuivre dans l’esprit de Brunet, il s’agit des territoires et des lieux qui échappent ou dérogent aux normes, qui définissent des « formes de vie » différentes. Ce sont des espaces illégitimes, des formes d’organisation de l’espace ou des formes de vie « autres » produites dans des sociétés normées par des fonctionnements perçus comme contestables.

Dans le cadre des systèmes sociaux, Brunet considéra que les systèmes ont besoin d’une forte cohérence et ont une volonté de durée, qu’ils construisent des règles et des normes à cette fin. L’hypothèse de Brunet est alors : ces règles ou ces normes peuvent être perçues comme tellement contraignantes qu’elles nécessitent ou appellent des dérogations. Ainsi naîtrait l’antimonde.

Voir notre monde avec un regard éloigné

L’antimonde peut nous aider à regarder notre propre monde avec le regard éloigné cher à Claude Lévi-Strauss [1], en adoptant une posture de décentrement. L’intérêt et la fécondité de cette notion viennent de ce que « ce sont les limites, les lignes de contact entre monde et antimonde qui nous en disent le plus sur notre société. » Pour ces raisons, la notion d’antimonde est « riche de potentiel, théorique, épistémologique, méthodologique et éthique » [2].

C’est une notion qui croise d’autres notions comme celle d’hétérotopie de Michel Foucault qui l’avait introduite pour rendre compte d’un besoin de respiration des sociétés : « Maisons closes et colonies, ce sont deux types extrêmes de l’hétérotopie » [3].

Un projet politique et anthropologique

La réflexion sur l’antimonde ouvre sur une interrogation politique et anthropologique : que deviendrait la vie citoyenne dans un monde sans antimonde ou dans un monde cherchant à en neutraliser toute manifestation, à l’image des Monades urbaines de l’utopie verticale décrite par Silverberg (1971), dont le slogan proclame :

« le bonheur règne sur Terre, qui en doute est malade, qui est malade est soigné, qui est incurable est exécuté, Dieu soit loué »

Se pose alors la question mise en avant dans le sous-titre du site : un monde sans antimonde est-il possible, est-il pensable, et à quel prix ?


Ressources

Le blog de Bénédicte Tratnjek présente des éléments sur la notion d’antimonde (ICI).


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L’illustration de la page représente la couverture, dessinée par Chris Foss, du roman de Harry Harrison (1925-2012), Entre nos mains les étoiles, publié en série sous le titre The Daleth Effect, Analog Science Fiction / Science Fact, 1969 (voir le livre ICI).


[1] Claude Lévi-Strauss, Le regard éloigné, Paris, Plon, 1983.

[2] Myriam Houssay-Holzschuch, Géographies et cultures, « Antimondes : géographies sociales de l’invisible », p. 4.

[3] Michel Foucault, 2001, « Des espaces autres », Dits et écrits II (1976-1988), Gallimard, Paris, p. 1571-1575. Voir aussi Empan, vol. no54, no. 2, 2004, pp. 12-19.

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